Le contexte me laisse assez peu le loisir d’écrire des articles, et encore moins de bien les écrire. Cela nous rappelle à quel point travailler empêche les étudiants de pouvoir se concentrer sur leur cours, leurs réflexions et leur production. Ils sont pourtant indispensables à notre société mais handicapés par une situation qui les met à genoux. Faire des études, c’est un emploi, mais un emploi payant ! Cherchez l’erreur…
Quoi qu’il en soit j’ai un certain nombre de réflexion à faire partager. Nous parlerons de la mort du citoyen, d’identité nationale, mais également d’unité de la Gauche, puisque le dernier acte signé par le NPA ne dénoue pas particulièrement l’avenir, pour le moins incertain.
La Mort du Citoyen
Cette partie là n’est pas d’un optimisme béat. Elle tente simplement de rendre compte, brièvement d’un processus complexe, qui a de quoi nous inquiéter quand à l’avenir de nos démocraties. Le citoyen est probablement une des plus belles inventions politiques de l’humanité. C’est tout simplement le socle de toute société démocratique qui induit une multitude de concepts.
La notion de citoyenneté charrie 3 principes fondamentaux. Tout d’abord le principe d’alternance entre les gouvernants et les gouvernés, car tout gouvernant est gouverné et tout gouverné est potentiellement gouvernant. Ensuite, la séparation de l’identité citoyenne à toute autre identité (sociale, culturelle, ethnique,…). La Révolution Française a proclamé ceci : « aux juifs en tant que juifs, il ne sera rien accordé. Aux juifs en tant que français, il sera tout accordé ». L’émancipation de chaque individu proclame que nul ne jugera en fonction d’une autre identité que celle de citoyen. Enfin, la citoyenneté reflète un sentiment d’appartenance collective à une communauté de droits et de devoirs.
La citoyenneté est donc une notion à l’origine éminemment politique, elle est l’essence de notre système républicain. Si l’individu est central dans la conception politique des valeurs universelles, il n’existe qu’à travers la société qui lui donne des droits et des devoirs : il se soumet à la volonté générale, mais en est une composante au même titre que l’ensemble de ses concitoyens. Alors quelle est cette « mort du citoyen » ? La politisation de la population connaît un déclin sans précédent, un dégout de la politique qui se manifeste tant par les invectives faciles que nous subissons tous sur les marchés, la méfiance permanente dés qu’il s’agit de parti, ou simplement les abstentions records à chaque élection partielle. Le monde associatif traverse une profonde crise et le citoyen est progressivement substitué à son rôle économique auquel il ne peut se soustraire. L’Europe manifeste admirablement ce processus, le transfert progressif des décisions politiques ne s’est accompagné que d’une démocratisation très limitée des institutions. Le parlement européen, représentant le peuple, a un rôle très faible dans le fonctionnement de l’Union face à une commission, représentant les directions des Etats membres. La bouillie technocratique et les sessions parlementaires évitant soigneusement les débats de fond rendent totalement opaque la politique européenne.
Mais au-delà de cela, c’est la conception même de la citoyenneté européenne qui en dit long sur les desseins de l’Union. Le traité de Rome définit l’idée d’un « citoyen du marché commun », réduisant le citoyen à sa situation économique de consommateur ou de producteur…
Identité Nationale
Le débat d’Eric Besson sur l’identité nationale serait intellectuellement intéressant s’il ne cachait pas un repli identitaire et des lois xénophobes comme le gouvernement semble si bien les inventer. Dans quelle perversion est entré notre système ? Alors que s’exaltait la nation pendant la Révolution Française, tout homme résidant 1 an sur notre sol était dés lors considéré comme citoyen ; alors que le nationalisme français a eu cette singularité de s’appuyer sur le référendum de tous les jours proclamant « qui veut être français l’est » et « qui vit sur le sol français l’est » également, ou sommes nous rendu ? À espionner des familles entières pour vérifier que leur mariage est bien valide, à faire payer des impôts pendant des années à des hommes et des femmes exploités comme des esclaves sans le moindre droit, à renvoyer des étrangers dans un pays où nous allons nous même faire la guerre, à dénoncer son voisin, son client et pour quelle gloire ? Celle de se sentir plus français que lui ?
Qu’est ce qu’être français alors ? Être français c’est non seulement avoir des droits et des devoirs, mais c’est porter les valeurs universelles qui ont constitué notre nation, notre démocratie et notre République… Je n’ai pas la sensation que le gouvernement soit très zélé à cette tâche.
Unité ?
Vous le savez, le rassemblement de l’Autre Gauche est au cœur de l’action politique que mène le Parti de Gauche. Une position facile à tenir mais difficile à mettre en œuvre, les négociations unitaires depuis la rentrée en sont la parfaite manifestation. Ménager la chèvre et le chou n’a pas été une mince affaire et pourtant que de chemin parcouru. Voir progressivement deux formations irréconciliables faire des efforts l’un vers l’autre est la plus belle récompense dont on puisse rêver. Le PCF ne dit plus « toujours » aux exécutifs, y pose des conditions claires, comme celle de l’exclusion du MoDem, pas forcément évidentes auparavant ; le NPA accepte l’idée de figurer sur les mêmes listes du Parti Socialiste au second tour. Pour autant ces questions cachent le véritable objectif de notre rassemblement : constituer enfin une majorité de rupture pour créer un point d’appuie à la transformation de nos sociétés.
Quoi qu’il en soit la question des exécutifs semblent toujours crisper les uns et les autres et mettre des bâtons dans les roues du plus large rassemblement à Gauche jamais effectué pour des élections régionales. Il faut prendre la mesure de la responsabilité qui est prise de briser une si grande démarche au nom de si négligeables intérêts.
Mais bon n’appartient-il pas à chacun de juger la nature du combat qu’il mène ? Mardi nous éclairera sur ce qu’il reste à parcourir pour un rassemblement aussi large possible et quels qu’en soient les coûts, nous nous battrons jusqu’au bout pour y parvenir.
Romain JAMMES
